Leila Slimani, Dans le jardin de l’ogre et Chanson douce.

« J’aime bien être cruelle en littérature. »

Ce sont ses mots, prononcés au micro de Lauren Bastide dans le podcast féministe de La POUDRE. Oui, Leila Slimani peut être cruelle, elle n’aime pas les romans « qui passent de la pommade » et le prouve. A la lecture de son premier roman « Le jardin de l’ogre », je n’ai pas réussi à le lâcher tellement j’étais en haleine, captivée, il m’a fallu d’une seule journée pour le terminer. Le deuxième, aussi, m’a remué, il m’a pris les tripes. Les histoires sont bouleversantes, les mots sont poignants, forts. Leila Slimani est née à Rabat en 1981, dans une famille matriarcale, comme elle le confie, et a suivi son chemin sans écouter les autres. Après avoir fait du théâtre au cours Florent et diplômée de Science Po, elle devient journaliste, mais déçue par ce métier, démissionne du magazine « Jeune Afrique » pour se consacrer à la littérature. Après le refus pour un premier manuscrit, elle persévère et entame un stage d’écriture avec Jean Marie Laclavetine (écrivain et éditeur). En 2014, « Le jardin de l’ogre » est publié aux Editions Gallimard, « Chanson douce », son deuxième ouvrage, obtient le prix Goncourt en 2016. Entre autres, elle a écrit Sexe et mensonges: la vie sexuelle au Maroc et Simone Veil, mon héroïne. Le pays des autres, son dernier roman est sorti en mars 2020.

« Je suis née avec la nationalité française et je me suis toujours sentie 100 % française et 100 % marocaine, donc je n’ai jamais eu de problème par rapport à ça. Le regard de l’autre je m’en fiche complètement. Je ne me laisse pas enfermer dans des identités. Ce serait un peu malvenu de ma part de me plaindre alors que c’est beaucoup plus une souffrance pour des gens qui sont nés en France, qui ont des noms maghrébins, et qui sont constamment ramenés à leur identité maghrébine. Pour moi, c’est différent. J’ai une “vraie” double nationalité, une vraie double appartenance. Donc, que les gens me ramènent à mon identité marocaine, eh bien tant mieux, je suis marocaine. »

Dans le jardin de l’ogre: Une semaine qu’elle tient. Une semaine qu’elle n’a pas cédé. Adèle a été sage. En quatre jours, elle a couru trente-deux kilomètres. Elle est allée de Pigalle aux Champs-Élysées, du musée d’Orsay à Bercy. Elle a couru le matin sur les quais déserts. La nuit, sur le boulevard Rochechouart et la place de Clichy. Elle n’a pas bu d’alcool et elle s’est couchée tôt.
Mais cette nuit, elle en a rêvé et n’a pas pu se rendormir. Un rêve moite, interminable, qui s’est introduit en elle comme un souffle d’air chaud. Adèle ne peut plus penser qu’à ça. Elle se lève, boit un café très fort dans la maison endormie. Debout dans la cuisine, elle se balance d’un pied sur l’autre. Elle fume une cigarette. Sous la douche, elle a envie de se griffer, de se déchirer le corps en deux. Elle cogne son front contre le mur. Elle veut qu’on la saisisse, qu’on lui brise le crâne contre la vitre. Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin de l’ogre. » Le sujet, très peu évoqué, est l’addiction sexuelle d’une femme. Adèle, journaliste, est addict, c’est une droguée, une droguée du sexe. Elle consomme. Pour certains c’est une salope, couche avec le premier venu alors qu’elle est maman et mariée. Mais c’est plus que ça, c’est une femme qui souffre, qui se sent vide, qui n’arrive pas à s’arrêter. Il y a plusieurs facteurs qui peut conduire à cela, un abus sexuel, une grande solitude affective, un mal être. Cette addiction l’entraine de situation en situation, d’homme à homme. L’addiction sexuelle chez la femme existe et reste taboue. Elle peut se vivre de façon compulsive, excessive, débridée. J’ai lu ce roman l’année dernière, il est resté accroché à mes mains tellement je voulais savoir pourquoi et comment, le personnage était arrivé a cet extrême. Je me souviens d’un passage où Adèle demande un briquet à un inconnu, lui échange quelques mots et ça finit en scène de sexe dans une ruelle. Là je me suis interrogée « mais pourquoi? ». Je ne suis pas forcément attirée par la notation des livres, je trouve que c’est un critère subjectif d’une personne à une autre, mais celui là je lui attribuerais une très bonne note. La seule chose, c’est qu’a la fin je voulais aller plus loin avec Adèle. Si vous l’avez lu ou si vous le lisez, partagez-vous pas mon avis?

Chanson douce: Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l’affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu’au drame. Attention, si vous êtes parents et à la recherche d’une nounou pour garder vos enfants, livre à éviter, pour le reste, allez-y ! Dès le départ, on sait à quoi s’attendre, la scène fait froid dans le dos et le roman commence par cette phrase : « le bébé est mort ». Pourtant Louise, parait la nounou parfaite, gentille, une vraie femme d’intérieur, allant d’ailleurs plus loin que les tâches qui lui sont confiées, soulageant Myriam, la maman, qui au départ comblée, ne refuse pas que Louise soit un peu plus qu’une nounou. Au fil des pages, on en apprend plus sur cette dernière, sur son passé, son mari et sa fille. Elle vampirise le foyer de ses patrons, devient possessive, et cette nounou violente et tueuse d’enfants. Ce roman pour tout vous dire, m’a retourné les tripes. Il est fort, poignant, c’est un drame psychologique et comme « le jardin de l’ogre », il m’a tenu en haleine mais m’a aussi laissé un goût d’inachevé. J’en conclus que c’est probablement, le but de Leila Slimani.

 » Toute sa vie, elle avait eu l’impression de gêner. Sa présence dérangeait Jacques, ses rires réveillaient les enfants que Louise gardait. Ses grosses cuisses, son profil lourd s’écrasaient contre le mur, dans le couloir étroit, pour laisser passer les autres. Elle craignait de bloquer le passage, de se faire bousculer, d’encombrer une chaise dont quelqu’un d’autre voudrait. Quand elle parlait, elle s’exprimait mal. Elle riait et on s’en offensait, si innocent que fût son rire. Elle avait fini par développer un don pour l’invisible et logiquement, sans éclats, sans prévenir, comme si elle y était évidemment destinée, elle avait disparu. »

Leila Slimani dans le Podcast, LA POUDRE.

Autre roman à découvrir de Leila Slimani: Le pays des autres, 1er tome d’une trilogie, forcément il est dans MA PAL maintenant !

« En 1944, Mathilde, une jeune Alsacienne, s’éprend d’Amine Belhaj, un Marocain combattant dans l’armée française. Après la Libération, elle quitte son pays pour suivre au Maroc celui qui va devenir son mari. Le couple s’installe à Meknès, ville de garnison et de colons, où le système de ségrégation coloniale s’applique avec rigueur. Amine récupère ses terres, rocailleuses ingrates et commence alors une période très dure pour la famille. Mathilde accouche de deux enfants : Aïcha et Sélim. Au prix de nombreux sacrifices et vexations, Amine parvient à organiser son domaine, en s’alliant avec un médecin hongrois, Dragan Palosi, qui va devenir un ami très proche. Mathilde se sent étouffée par le climat rigoriste du Maroc, par sa solitude à la ferme, par la méfiance qu’elle inspire en tant qu’étrangère et par le manque d’argent. Les relations entre les colons et les indigènes sont très tendues, et Amine se trouve pris entre deux feux : marié à une Française, propriétaire terrien employant des ouvriers marocains, il est assimilé aux colons par les autochtones, et méprisé et humilié par les Français parce qu’il est marocain. Il est fier de sa femme, de son courage, de sa beauté particulière, de son fort tempérament, mais il en a honte aussi car elle ne fait pas preuve de la modestie ni de la soumission convenables. Aïcha grandit dans ce climat de violence, suivant l’éducation que lui prodiguent les Soeurs à Meknès, où elle fréquente des fillettes françaises issues de familles riches qui l’humilient. Selma, la soeur d’Amine, nourrit des rêves de liberté sans cesse brimés par les hommes qui l’entourent. Alors qu’Amine commence à récolter les fruits de son travail harassant, des émeutes éclatent, les plantations sont incendiées : le roman se clôt sur des scènes de violence inaugurant l’accès du pays à l’indépendance en 1956« .

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