Premières lignes, semaine 3.

Bonjour Lectrices et lecteurs, pour ce troisième rendez vous de premières lignes (initié par Malecturothèque), je vous partage ma lecture actuelle, les Graciées, de Kiran Millwood Hargrave, sorti le 20/08 et déjà de très bonnes critiques. Fiction historique sous fond d’un des plus grand procès pour sorcellerie en Norvège (si comme moi, vous êtes passionnée par les sorcières).

Bonne lecture!

PAR ORDRE DU ROI.

Tout sorcier ou homme de foi qui aura renoncé à Dieu et à sa parole sacrée, et à sa christianité, et qui se vouera au diable devra être jeté au feu et brulé.

Extrait du Décret sur la sorcellerie (Trolddom) au Danemark-Norvége de 1617, entré en vigueur dans le comté de Finnmark en 1620.

La tempête.

Vardo, comté de Finnmark Nord – Est de la Norvège 1617

La veille, Maren avait rêvé qu’une baleine s’était échouée sur les rochers en face de chez elle.
Elle descendait la falaise, marchait jusqu’à elle et, œil contre œil, enroulait ses bras autour de cette
grande masse nauséabonde. Elle ne pouvait rien faire d’autre pour elle.

Les hommes accouraient sur les rochers noirs, sombre procession d’insectes vifs munis de lames et
de faux luisantes. La baleine n’était pas encore morte que la chaîne humaine avait déjà commencé et
la découpe avec elle, la baleine se débattant et eux, visages fermés, déployés sur son corps comme un
filet sur un banc de poissons. Les bras de Maren étaient raides et tendus – car elle s’accrochait ferme,
en les ouvrant tout grands – depuis si longtemps qu’elle n’aurait su dire si son étreinte était perçue
comme un réconfort ou une menace, mais elle s’en moquait désormais, immobile, œil contre œil, sans
ciller. La baleine finissait par s’immobiliser, sa respiration faiblissant à mesure qu’ils hachaient,
sciaient. Maren avait senti l’odeur de la graisse brûlant dans les lampes avant même que le corps ne
se fige, bien avant que le brillant de l’œil collé contre le sien ne devienne terne.
Elle s’enfonçait au milieu des rochers, jusqu’au fond de la mer. Le ciel au-dessus d’elle était noir,
un ciel sans lune criblé d’étoiles. Elle se noyait. Elle s’était réveillée en aspirant une grande bouffée
d’air, les narines et la gorge encore piquantes de fumée. Le goût de la graisse animale imprégnait sa
langue, un goût persistant, impossible à effacer.

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