Ma rentrée littéraire 2020.

En septembre, l’heure a sonné, l’heure de la rentrée. Celle des écoliers mais aussi littéraire. Dans les 511 sorties, moins que les années précédentes, il fallait tout de même faire un choix. J’ai donc pris ceux qui me tentaient le plus et je ne suis pas surprise que les portraits féminins ressortent majoritairement, les femmes brisent le silence en cette rentrée littéraire. A la base, j’ai sélectionné 11 livres, et sur le mois de septembre j’ai réussi à en lire 6. Les autres restent en attente dans Ma pile à lire. Voici mes lectures de cette rentrée:

Avoue que t’en meures d’envie, Kristen Roupenian.

4ème de couverture: Un couple bien sous tous rapports héberge un ami qui tente d’échapper à une relation toxique – pour mieux sombrer dans une autre que personne n’avait vue venir et qui le détruira. Une célibataire sceptique qui suit la recette d’un vieux grimoire pour trouver l’amour est dépassée par l’apparition d’un homme parfait dans sa cave. L’anniversaire d’une petite fille inquiétante prend une tournure dramatique après qu’elle a  » souhaité  » le mal. Une jeune femme se retrouve au lit avec un homme qu’elle a rencontré peu de temps auparavant et se demande s’il ne s’agit pas d’un psychopathe déguisé en  » mec à chats « … Kristen Roupenian plonge dans nos fantasmes et délires à travers douze nouvelles qui explorent avec une écriture très réaliste et un humour impitoyable et souvent sombre les relations humaines. Une voix impétueuse et mortelle.

Mon avis: Pour certaines histoires de ce livre, il ne faut pas être sensible… Catégorie littérature étrangère pour les Editions 10 18 et réédition pour cette rentrée, Avoue que tu en meures d’envie, est un recueil de nouvelles bizarroïde et loufoque. L’autrice américaine de 39 ans s’est fait connaître par une de ses nouvelles présentes dans ce livre « Cat person », publié par le journal américain, The New Yorker, en 2017. Avec l’histoire du rendez vous raté entre Margot et Robbie, elle s’intéresse au sujet de la « zone grise » du consentement et devient virale sur les réseaux sociaux. Elle s’est inspirée d’une de ses propres histoires avec une personne rencontrée en ligne.

Nous plongeons donc dans nos désirs et fantasmes à travers 12 nouvelles qui nous parlent de troubles psychologiques comme les pulsions malsaines, sexuelles, le harcèlement, l’égocentrisme, ou bien encore le polyamour… Certaines nouvelles sont facilement compréhensibles et très intéressantes à la lecture, tandis que d’autres ont été pour moi floues, incompréhensibles ou bien dégoutantes… Comme tout recueil de nouvelles, il y a à prendre et à laisser. je vous les liste de celles qui m’ont le plus plu et à la moins bien pour moi.

  • Un mec bien
  • Un mec à chat
  • Vilain
  • Le miroir, le seau et le vieux fémur
  • Le signe de la boite d’allumettes
  • Pulsion de mort
  • A pleines dents
  • Fais gaffe à ce petit jeu ma belle
  • Les sardines
  • Un garçon dans la piscine
  • Sacrifice
  • Course nocturne

Chavirer, Lola Lafon.

4ème de couverture: 1984. Cléo, treize ans, qui vit entre ses parents une existence modeste en banlieue parisienne, se voit un jour proposer d’obtenir une bourse, délivrée par une mystérieuse Fondation, pour réaliser son rêve : devenir danseuse de modern jazz. Mais c’est un piège, sexuel, monnayable, qui se referme sur elle et dans lequel elle va entraîner d’autres collégiennes. 2019. Un fichier de photos est retrouvé sur le net, la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation. Devenue danseuse, notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo comprend qu’un passé qui ne passe pas est revenu la chercher, et qu’il est temps d’affronter son double fardeau de victime et de coupable. Chavirer suit les diverses étapes du destin de Cléo à travers le regard de ceux qui l’ont connue tandis que son personnage se diffracte et se recompose à l’envi, à l’image de nos identités mutantes et des mystères qui les gouvernent. Revisitant les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale, Lola Lafon propose ici une ardente méditation sur les impasses du pardon, tout en rendant hommage au monde de la variété populaire où le sourire est contractuel et les faux cils obligatoires, entre corps érotisé et corps souffrant, magie de la scène et coulisses des douleurs.

Mon avis: a défaut de pardon, on laisse venir l’oubli (Musset), c’est ce que déclare Lola Lafon sur le plateau de la grande Librairie. Nous entrons dans la vie de Cléo, jeune danseuse de 13 ans, qui se voit proposer une bourse par la mystérieuse fondation Galathée, afin de réaliser son rêve de devenir une grande danseuse. Mais cette fondation est un leurre, un piège, sexuel, monnayable qui se referme sur elle. Contre certaines faveurs faites à des hommes (le jury fictif) et pour obtenir cette fameuse bourse, elle devient recruteuse et entraine avec elle d’autres collégiennes. En 2019, des photos sont retrouvées et un appel à témoins est lancé. Cléo va-t-elle témoigner? Arrivera-t-elle à surmonter sa culpabilité et à se pardonner? A l’heure du mouvement metoo et balance ton porc, cette fiction est poignante et bouleversante. Ce qui m’a le plus touché dans ce livre, c’est la culpabilité que Cléo ressent face à ses actes de recruteuse, bien plus importante que les actes sexuels dont elle a été victime. Un livre sur le pardon, se pardonner à soi-même, ce qu’on peut se pardonner. Chavirer ce n’est pas faire naufrage, on peut être boiteux, chaviré mais pas naufragé. Découvrez vite ce livre qui revisite les systèmes de prédation à l’aune de la fracture sociale et raciale.

Calamity Gween, François Beaune.

4ème de couverture: Gwenn a 30 ans. Elle est belle, libre, aussi drôle que désespérée. Elle a toujours rêvé d’être Isabelle Huppert mais en attendant elle travaille dans un sex-shop à Pigalle, parfait poste d’observation de ses semblables qu’elle saisit avec humour et tendresse dans son journal intime où elle raconte, entre autres, sa vie nocturne, ses virées, ses amours. Personnage haut en couleur, bouleversante égérie, inapaisée, inapaisable, Gwenn est une Calamity Jane des temps modernes. À la lisière de la fiction et du documentaire, l’art de François Beaune, l’auteur entre autres d’Un homme louche et d’Omar et Greg (prix du Réel 2019), en fait une foudroyante héroïne.

Mon avis: le féminisme c’est qu’on les aime, les hommes. On veut l’égalité, pas la vengeance. Sinon on vous exterminerait tous. J’ai adoré cette phrase comme ce livre. On suit Gween à travers son journal intime pendant un an. Vendeuse dans un sex-shop, c’est une femme libre, féministe qui collectionne les mecs. Mais aussi névrosée, douée pour se gâcher la vie. Elle est attachante, émouvante, drôle mais aussi énervante et par moment désespérante. Les anecdotes du sex-shop sont croustillantes. J’ai passé un bon moment avec Gween. Un gros coup de cœur ❤. « Je me relis et je me dis que si je pouvais me payer un psy, j’arrêterais de tartiner comme je fais dans ce cahier, je me soignerais peut être, je mettrais un peu d’ordre, plutôt que de m’enfoncer. Il y a vraiment un choix à faire, soit écrire, soit guérir.

L’intimité, Alice Ferney.

4ème de couverture: Une libraire féministe, célibataire par conviction, qui a décidé de longue date qu’elle ne serait pas mère ; un père architecte qui cherche une nouvelle compagne ; une enseignante fière de son indépendance qui s’est inscrite sur un site de rencontres. En révélant leurs aspirations, leurs craintes, leurs choix, Alice Ferney orchestre une polyphonie où s’illustrent les différentes manières de former un couple, d’être un parent, de donner (ou non) la vie.
À mi-chemin entre dialogue philosophique et comédie de mœurs contemporaine, L’Intimité ausculte une société qui sans cesse repousse les limites de la nature et interroge celles de l’éthique pour satisfaire au bonheur individuel et familial.

Mon avis: « Homme ou femme, l’aimé était l’allié, l’associé, le bâtisseur avec lequel s’exhausser. La vie amoureuse était cette occasion de créer, et de s’améliorer, parce que l’autre devenait le spectateur de votre existence et vous le sien. Ce livre est composé de plusieurs chapitres chacun portant des noms de femmes. Ces femmes ce sont celles qui font partie de la vie d’Alexandre. Il vient de perdre, Ada, sa femme, en donnant naissance à leur fille Sophie. Suite à cette tragédie, il se rapproche de sa voisine et amie d’Ada, Sandra qui est une libraire féministe, membre des Hérétiques. Tentant de refaire sa vie, il rencontre Alba, qui elle, est obsédée par l’envie d’avoir un enfant avec lui. Ce livre traite principalement de la parentalité, de la grossesse et du désir d’enfant. Il parle aussi de l’asexualité et des procédés pour avoir un enfant comme la GPA ou la GMA. L’auteure nous offre une écriture fluide, intimiste et intellectuelle. Même si le sujet principal pour moi ne m’intéresse pas forcément, je vous le conseille.

On ne touche pas, Ketty Rouf.

4ème de couverture: Joséphine est prof de philo dans un lycée de Drancy. Elle mène sa vie entre Xanax, Tupperware en salle des profs, et injonctions de l’Éducation nationale qui lui ôtent le sentiment d’exister. Sauf que…
Chaque nuit, Joséphine devient Rose Lee. Elle s’effeuille dans un club de striptease aux Champs-Élysées. Elle se réapproprie sa vie, se réconcilie avec son corps et se met à adorer le désir des hommes et le pouvoir qu’elle en retire. Sa vie se conjugue dès lors entre glamour et grisaille, toute-puissance du corps désiré et misère du corps enseignant. Mais de jouer avec le feu, Rose Lee pourrait bien finir par se brûler les ailes.
Récit d’un affranchissement, réflexion bouleversante sur l’image de soi et le rapport à l’autre, ce premier roman hors norme de Ketty Rouf fait voler en éclats les préjugés sur le sexe et la société.

Mon avis:❤ mon deuxième coup de cœur de mes lectures de la rentrée. Joséphine a une double vie. Prof de philo anxieuse le jour, à coup de xanax et de déprime, elle se sent vide intérieurement et la nuit elle devient Rose Lee, stripteaseuse. Ce livre nous apporte une réflexion bouleversante sur l’image de soi et le rapport à l’autre. Il nous parle de l’image de la femme, du besoin de se sentir libre et soi-même, de (re)devenir vivant(e) et s’affranchir des contraintes sociales. C’est le premier roman de Ketty Rouf, diplômée de philosophie. J’ai d’ailleurs bien aimé cette approche. Il manque juste un peu d’intrigue à mon goût mais j’ai adoré.

Les graciées, Kiran Millwood Hargrave.

4ème de couverture:1617, Vardø, au nord du cercle polaire, en Norvège.
Maren Magnusdatter, vingt ans, regarde depuis le village la violente tempête qui s’abat sur la mer. Quarante pêcheurs, dont son frère et son père, gisent sur les rochers en contrebas, noyés. Ce sont les hommes de Vardø qui ont été ainsi décimés, et les femmes vont désormais devoir assurer seules leur survie.
Trois ans plus tard, Absalom Cornet débarque d’Écosse. Cet homme sinistre y brûlait des sorcières. Il est accompagné de sa jeune épouse norvégienne, Ursa. Enivrée et terrifiée par l’autorité de son mari, elle se lie d’amitié avec Maren et découvre que les femmes peuvent être indépendantes. Absalom, lui, ne voit en Vardø qu’un endroit où Dieu n’a pas sa place, un endroit hanté par un puissant démon.

Inspiré de faits réels, Les Graciées captive par sa prose, viscérale et immersive. Sous la plume de Kiran Millwood Hargrave, ce village de pêcheurs froid et boueux prend vie.

Mon avis: Celui ci, j’étais très pressée de le découvrir. Fascinée et rebellée par les procès de « sorcières », la 4ème de couverture m’avait plu immédiatement. On se retrouve dans un village norvégien en 1617 quasiment peuplée que de femmes après une terrible tragédie qui a emporté la quasi totalité des hommes. On suit le destin de ces femmes, principalement le personnage de Maren qui a perdu son frère et son père. Les femmes doivent se débrouiller seules, aller pêcher, chercher des vivres, et refaire leurs vies. Quant arrive Absolum Cornet, fraichement nommé délégué par le roi de Norvège et sa femme Ursa. Cet homme est un odieux personnage qui brûle des hommes et des femmes qualifiés de sorciers. J’ai ressenti de la colère dans certains chapitres qui concernent principalement les procès mais aussi sur d’autres femmes du village. Je les ai détesté. Maren et Ursa, deviennent amies et leur histoire va se transformer en amour. Un livre captivant.

Ceux qui ont été sélectionnés aussi et qui sont dans ma PAL :

Liv Maria, Julia Kerninon.

Liv Maria est la fille d’une insulaire bretonne taiseuse, et d’un norvégien aimant lui raconter les histoires de ses romanciers préférés. Entouré de l’amour de ses parents et de ses oncles elle a vécu sur l’ile natale de sa mère dans un milieu protégé avec une douce quiétude et une certaine liberté jusqu’à « l’événement » qui lui fera quitter le cocon familial. Arrivée à Berlin comme jeune fille au pair, elle va vivre une histoire d’amour forte qui se terminera contre sa volonté. Simultanément un deuil familial l’amènera à voyager, à grandir et à rencontrer un deuxième amour sincère. Mais aura-t-elle le droit ou se donnera-t-elle le droit de le vivre vraiment ?

Les lionnes, Lucy Ellmann. (Celui ci il est énorme, il me tente trop).

Une femme, mère au foyer, traverse la vie quotidienne, dans sa cuisine. L’âge est venu, elle a surmonté un cancer, et dans sa tête elle rumine le monde, ses folies, ses dangers, les fusillades dans les écoles, la crise économique qui fait toujours payer les mêmes, la pauvreté, l’angoisse du lendemain, les équilibres plus que précaires, sa mère décédée d’une longue maladie. Ça se passe dans l’Ohio. Et ça nous parle, de tout, partout. Cette femme pense aux diverses tâches domestiques qui l’attendent et sont nécessaires à faire tourner le ménage. Elle s’indigne, contre un président pour le moins inquiétant, ou face au dérèglement de la planète, mais aussi contre la domination patriarcale, l’asservissement des femmes ou l’extermination des Amérindiens. Tout cela roule dans son esprit. Comme des bouts de réalité qui viennent s’entrechoquer. Mais il faut, dans cette cuisine, continuer à pétrir la pâte, mettre le four à préchauffer et ne pas oublier le panier-repas des enfants… Et nous voilà partis pour une formidable aventure narrative, littéraire, de plus de mille pages, en une seule longue phrase pleine de rebondissements, scandée par une formule litanique : « le fait que ». La magie opère alors : on ne lâche plus le livre, qui se lit avec délices, passion, sans difficulté aucune.

Fille, Camille Laurens.

FILLE, nom féminin
1. Personne de sexe féminin considérée par rapport à son père, à sa mère.
2. Enfant de sexe féminin.
3. (Vieilli.) Femme non mariée.
4. Prostituée.

Laurence Barraqué grandit avec sa sœur dans les années 1960 à Rouen.
« Vous avez des enfants? demande-t-on à son père. – Non, j’ai deux filles », répond-il.
Naître garçon aurait sans doute facilité les choses. Un garçon, c’est toujours mieux qu’une garce. Puis Laurence devient mère dans les années 1990. Être une fille, avoir une fille : comment faire ? Que transmettre ?
L’écriture de Camille Laurens atteint ici une maîtrise exceptionnelle qui restitue les mouvements intimes au sein des mutations sociales et met en lumière l’importance des mots dans la construction d’une vie.

Une fille de rêve, Eric Laurent.

Qui se souvient de Nicky Soxy ? De cette éphémère starlette des années 1980, peut-être certains conservent-ils encore quelques lointaines images, principalement déshabillées. Pour beaucoup en revanche, son nom même n’évoquera rien. Il était temps de la tirer de l’oubli.
Une fille de rêve raconte les splendeurs et les misères de la très belle Nicole Sauxilange : bien que dépourvue de talent particulier, elle va connaître la célébrité grâce à ses apparitions dans des publicités ou sur des plateaux de divertissement télévisés, préfigurant ainsi le destin de ces gloires médiatiques autant que passagères qui prospèrent aujourd’hui.
Éric Laurrent met en scène Nicky en digne héritière de Nana et magnifie, par son style délicieusement raffiné, cette histoire de starlette ordinaire en conte de fées tragique.

Les déviantes, Capucine Delattre.

« Elle sera devenue une trouble-fête, une anomalie. Mais peu lui importera. Elle aura retrouvé autre chose. Le goût des saccages. »

Le monde d’Anastasia s’est effondré.
À 29 ans, elle avait l’argent, la stabilité, le prestige. Hier encore, elle exerçait de hautes fonctions dans une grande entreprise. Une conquérante, Anastasia. Toujours en avance sur le reste de son monde. Même pour son cancer du sein. Pour la première fois de sa vie, la voilà limitée. Pourtant, la maladie n’est pas le sujet de son histoire. Plutôt un point de départ, un détonateur. Un accélérateur. Un catalyseur. Anastasia devient une déviante, celle par qui tout commence, capable d’entraîner dans son sillage deux autres déviantes en germe, Iris et Lolita. Ensemble, elles vont prendre goût au saccage de leur courte existence et s’autoriser à déployer leurs rêves. À elles trois, elles incarnent une jeunesse qui refuse de se laisser abîmer, une vocation en marche, et surtout, la possibilité de nouvelles trajectoires. Capucine Delattre nous entraîne dans l’étonnante odyssée de trois jeunes femmes et signe, à 19 ans, un premier roman à réveiller les vivants.

Une réflexion sur “Ma rentrée littéraire 2020.

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