Premières lignes, #7

Je viens de démarrer la lecture de la dernière sélection pour la catégorie adulte du prix des lecteurs du Var, Rivage de la colère de Caroline Laurent, en voici les premières lignes.

« Premières lignes » est un rendez vous hebdomadaire qui a pour but de vous faire lire les premières lignes de ma lecture en cours et initié par Malecturothèque. BONNE LECTURE!

1

Ce n’est pas grand-chose, l’espoir.
Une prière pour soi. Un peu de rêve pilé dans la main, des milliers d’éclats de verre, la paume
en sang. C’est une ritournelle inventée un matin de soleil pâle.
Pour nous, enfants des Îles là-haut, c’est aussi un drapeau noir aux reflets d’or et de turquoise.
Une livre de chair prélevée depuis si longtemps qu’on s’est habitués à vivre la poitrine trouée.
Alors continuer. Fixer l’horizon. Seuls les morts ont le droit de dormir. Si tu abandonnes le
combat, tu te trahis toi-même. Si tu te trahis toi-même, tu abandonnes les tiens.
Ma mère.
Je la revois sur le bord du chemin, la moitié du visage inondée de lumière, l’autre moitié
plongée dans l’ombre. Ma géante aux pieds nus. Elle n’avait pas les mots et qu’importe ; elle avait
mieux puisqu’elle avait le regard. Debout, mon fils. Ne te rendors pas. Il faut faire face. Avec la foi,
rien ne te sera impossible… La foi, son deuxième étendard. Trois lettres pour dire Dieu, et Dieu
recouvrait sa colère, son feu, sa déchirure, la course éternelle de sa douleur.
Je n’ai pas la foi. Je préfère parler d’espoir. L’espoir, c’est l’ordinaire tel qu’il devrait toujours
être : tourné vers un ailleurs. Pas un but ni un objectif, non, un ailleurs. Un lieu secret dans lequel,
enfin, chacun trouverait sa place. Un lieu juste.
Le mien existe.
Une île perdue au large de l’océan Indien, une langue de sable exagérément plate, et vide, et
calme ; une certaine transparence des flots. La mer comme un pays. Cette île que personne ne connaît,
c’est chez moi, c’est ma terre.
Tu vois, ton absence n’y change rien. Même sans toi, Maman, je continue. Je suis prêt.
Douze heures de vol jusqu’à Paris. Puis un train pour La Haye, changement à Rotterdam. Je
n’aurai pas le temps de visiter la tour Eiffel. J’aurais aimé pourtant. Grimper au sommet et que pour
une fois, ce soit moi qui regarde les autres de haut.
Pardon.

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